Jessica a décidé de rapatrier son corps à Los Angeles. Je n’ai pas discuté, je veux que toutes les volontés de mon fils soient respectées. Largo, Joy, Sullivan ainsi que Kerensky et sa dernière conquête ont fait le déplacement. Tous avaient l’air sincèrement peinés. La mort d’un enfant est toujours triste. J’ai regardé autour de moi tous ces gens qui ont aimé mon enfant et j’ai été soulagé de voir que l’amour était une chose qui jamais ne lui avait fait défaut. La cérémonie était très touchante et quand la vedette s’est éloignée, j’ai senti un grand vide. C’est là que j’ai réalisé qu'il était vraiment parti, que jamais je ne le verrais grandir et devenir quelqu’un de bien.
Une semaine a passé et je ne suis toujours pas prêt à repartir pour New York, j’ai l’impression d’abandonner Dan…. Je ne peux même pas prononcer son prénom sans que ma voix ne se casse et que des larmes ne coulent sur mes joues. Et puis il y a Jessica. Depuis l’enterrement, elle s’enferme dans le silence et dans le travail. J’ai essayé à plusieurs reprises de lui parler mais elle refuse tout dialogue. Je passe de longues heures à regarder la mer, ce me donne l’impression d’être près de mon garçon. Largo et le reste de l’Intel Unit ont dû repartir pour New York hier. Mon enfant est mort mais le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour autant et cela je peux le comprendre. ‘Life goes on’ comme on dit. Je sais que Largo ne voulait pas que je reste seul mais j’ai besoin de cette solitude pour le moment, pour essayer de comprendre… comprendre comment je vais pouvoir vivre avec ma douleur. Je n’ai connu mon enfant que très peu de temps mais je l’ai aimé plus que ma vie. Si j’avais pu donner ma vie pour lui, je l’aurais fait sans hésitation.
— Salut, fait Mitch en s’asseyant à coté de moi, je savais que je vous trouverais ici.
— L’océan est si paisible….
— Il faut que je vous parle…
— Vous semblez inquiet, il y a un problème ?
— Jessica.. J’ai essayé de lui parler mais elle ne veut rien entendre, répond-il avec exaspération.
— Je sais, elle refuse de me voir. Je crois qu'elle m’en veut.
— Pourquoi ? Vous ne pouviez pas savoir.
— Parce qu'il lui faut un responsable, parce qu'elle se dit que si elle ne m’avait pas connu, elle n’aurait pas souffert de la sorte.
— Si elle ne vous avait pas connu, Danny ne serait jamais venu au monde. Si vous saviez combien de vies ce petit a illuminé par sa seule présence. Oui, c’est injuste qu’il soit mort aussi jeune mais il a changé nos vies par sa gentillesse et sa générosité.
Je souris, mon fils était quelqu’un de bon. Il a aimé et a été aimé en retour. C’est quelque chose d’inestimable.
— J’aurais tellement voulu le connaître, lui dire combien je l’aime, combien je m’en veux d’être parti, combien j’ai aimé sa mère même si nous n’avons eut qu’une seule nuit ensemble.
— Alors parlez à Jessica… dites-lui tout cela… elle vous aime même si elle ne veut pas l’admettre.
Mitch est reparti, me laissant seul avec mes pensées. Il a raison, j’ai déjà perdu mon fils, je ne veux pas aussi perdre la femme que j’ai toujours aimé. Je reste encore un moment à regarder le soleil se coucher puis je me décide enfin à prendre mon courage à deux mains pour aller affronter Jess. Je n’ai jamais vraiment été très courageux quand il s’agissait de sentiments, j’ai même toujours évité tout engagement à long terme. J’ai toujours eu peur de m’engager, je ne pourrais dire pourquoi. Est-ce à cause de ma mère qui s’est suicidée ou de ce père que je n’ai jamais connu ? Ou encore à cause de toutes ces années passées dans la rue à chercher un moyen de subsister, ce qui m’a fait inévitablement grandir trop vite. Rien de tout cela ne donne confiance en soi ni en les autres. Pour une fois dans ma vie, je voudrais arrêter de fuir ce que je suis. Je l’aperçois au bout de la jetée, c’est là qu’elle vient quand elle veut être seule. Elle est si belle, les derniers rayons du soleil forment un halo autour d’elle, cela la fait ressembler à un ange.
— Bonsoir, fais-je timidement.
Elle se retourne, ses yeux brillent d’une colère à peine contenue.
— Va-t-en !
— Jessy je t’en prie, tu ne peux pas continuer de fuir.
— Je t’ai dit de partir, répète-t-elle d’un ton sec.
— Et si je ne veux pas ?
— Alors c’est moi qui pars, fait-elle en faisant mine de quitter la jetée.
— Et tu vas continuer longtemps à fuir ?
Ma question l’arrête soudainement. Je la sens peser le pour ou le contre, réfléchir à ce qu’elle doit me dire ou non. Elle se retourne lentement et ses yeux aciers me transpercent le cœur. S’en rend-t-elle seulement compte ?
— Quelle importance ? Retourne à New York, reprends le cours de ta vie, oublies moi !
— Je ne veux pas t'oublier ! C'est ce que j'ai voulu faire toutes ces années et je n'y suis pas arrivé, avoues-je à mi-voix.
— Que veux-tu entendre, Simon ? Que je me suis languis de toi toutes ces années ? Que j’espérais ce moment depuis que tu t'es enfui ? Oh cela a été le cas au début mais maintenant... Plus rien n'a d'importance.
— Tu mens, assures-je avec vigueur.
— Non… Je suis lasse, Simon.
— Je sais. Tu as beaucoup souffert mais ce n'ai est pas une raison pour tourner le dos à la vie, fais-je en essayant de la prendre dans mes bras.
— Epargne-moi ta pitié, dit-elle en se dégageant de mon emprise.
— Mais quelle pitié ? Il ne s'agit pas de pitié !
— Alors de quoi s'agit-il ? Non, ne me dis pas qu'il s'agit d'amour, je ne te croirais pas. L'amour t'aurait fait revenir vers moi beaucoup plus tôt, l'amour ne t'aurait pas fait fuir cette nuit-là.
— C'est là que tu trompes. Cette nuit-là j'ai eu peur parce que...
— Parce que quoi ? Parce que je t'ai offert de passer la une nuit avec moi sans condition ? Tu es pitoyable. Au vu de ce que j'ai pu lire de toi dans la presse people, et j’imagine qu’il y a toujours un fond de vérité dans leurs mensonges, tu ne donnes plus l’impression d’avoir ce genre de peur !
— Pitoyable ? On peut dire cela ainsi..... Cette peur ne m'a jamais quittée parce que toutes ces « aventures » n'avaient rien à voir avec toi, je ne ressentais rien. Tu ne comprends donc pas que je ne suis pas capable d'aimer.
— Alléluia ! Il a fallu que Dan... Notre fils meure pour que tu ouvres les yeux. Non, Simon, pour notre bien à tous les deux, repars à New York, me supplie-t-elle.
— Tu crois vraiment que tu es seule à souffrir ? Que tu es la seule à avoir le cœur en charpie ? Tu crois vraiment que je vais abandonner aussi facilement alors que la vie me donne une autre chance de faire les choses correctement pour une fois dans ma vie !!
— Oui, tu vas abandonner parce que nous sommes deux inconnus qui viennent de perdre la seule chose qui les liait. Je ne veux pas m'investir dans une relation quelle qu'elle soit. Je veux juste qu'on me laisse tranquille, je veux faire le deuil de mon fils, seule, sans personne autour de moi. Est-ce si difficile à comprendre ? Me dit-elle avec rage.
— C'est vraiment ce que tu veux ? Alors c’est ce que tu auras ! De la solitude! Et non, je n'abandonne pas ! C'est toi qui abandonne, éclates-je avec mauvaise humeur.
— Et alors ? Tu ne crois pas que j'en ai le droit après toutes ces années passées à me battre, après toute cette souffrance, tous ses examens. Ce n'est pas toi qui devait lui sourire, jour après jour tout en sachant qu'un jour ou l'autre on me l’enlèverait. Ce n'est pas toi qui as dû lui mentir sur sa maladie, ce n'est pas toi qui l'as vu diminuer au fur et à mesure. Ce n'est pas toi parce que tu as été lâche Simon ! Tu m'as rayée de ta vie sans un regard en arrière, tu m'as..., hurle-t-elle en laissant couler quelques larmes.
— Je t'ai quoi ?
— Tu m'as abandonnée... Tu m'as fait revoir ma conception de la vie, de l'amour. Tu m'as obligé à prendre des responsabilités dont je ne voulais pas au départ. Tu ne l'as pas vu naître, grandir, sourire, pleurer,... Pourquoi voudrais-tu être là pour moi alors que tu n'as pas été là pour ton fils ?
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Dingue moi ? Oui et fière de l'être !!!